Accidents de la route : les grandes villes sont-elles vraiment plus dangereuses ?

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Paris, Marseille, Lyon, Toulouse ou Bordeaux concentrent chaque jour des centaines de milliers de déplacements. Voitures, motos, vélos, trottinettes et piétons y cohabitent parfois sur quelques mètres de chaussée. Il semblerait donc logique que les grandes villes soient aussi les endroits les plus dangereux pour circuler.

Les statistiques racontent pourtant une histoire plus nuancée. Les grandes agglomérations enregistrent beaucoup d’accidents corporels, mais ces accidents ne sont pas nécessairement les plus meurtriers.

Plus de 3 000 morts sur les routes françaises en 2024

Selon le bilan définitif publié par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 3 193 personnes sont mortes sur les routes de France métropolitaine en 2024.

C’est 26 décès supplémentaires par rapport à 2023, soit une augmentation de 0,8 %. Le nombre de personnes blessées est quant à lui estimé à environ 236 000, dont près de 16 000 blessés graves.

Ces données nationales cachent toutefois des situations extrêmement différentes d’un territoire à l’autre.

Les données détaillées issues des fichiers BAAC peuvent notamment être consultées à travers l’observatoire des accidents de la circulation, qui permet d’examiner l’accidentalité à l’échelle d’une région, d’un département ou d’une commune.

Et lorsque l’on observe précisément les grandes villes françaises, les écarts sont importants.

Paris : plus de 4 000 accidents corporels en un an

Paris constitue un cas à part.

En 2024, 4 191 accidents corporels ont été enregistrés dans la capitale. Ils ont fait 4 825 victimes, dont 31 personnes tuées et 4 794 blessées.

Malgré ce chiffre élevé, la tendance est plutôt encourageante. Paris comptait encore 5 610 accidents corporels en 2019 et 4 763 en 2023.

Entre 2019 et 2024, leur nombre a ainsi diminué d’environ 25 %.

La composition du trafic parisien est également très différente de celle que l’on rencontre sur les grands axes interurbains. Parmi les 7 093 véhicules impliqués dans les accidents corporels recensés en 2024, les voitures particulières représentaient 38,3 %, les deux et trois-roues motorisés 25,2 % et les vélos ou vélos à assistance électrique 18,5 %.

Les accidents sont donc nombreux, mais leur gravité moyenne reste relativement limitée : Paris compte environ 7,4 morts pour 1 000 accidents corporels en 2024.

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Marseille : moins d’accidents, mais davantage de morts

Marseille offre un contraste spectaculaire.

La deuxième ville de France a enregistré 959 accidents corporels en 2024, soit plus de quatre fois moins que Paris.

Pourtant, ces accidents ont provoqué 1 422 victimes et 43 décès.

Il y a donc eu davantage de personnes tuées à Marseille qu’à Paris malgré un nombre d’accidents très inférieur.

Les statistiques détaillées sur les accidents de la route à Marseille montrent également une forte présence des deux et trois-roues motorisés. Sur les 1 772 véhicules impliqués dans les accidents marseillais de 2024, 416 appartenaient à cette catégorie, soit 23,5 %.

La tendance de long terme reste néanmoins positive. Marseille comptait 3 754 accidents corporels en 2005, contre 959 en 2024, soit une baisse d’environ 74,5 % en dix-neuf ans.

Lyon : forte baisse des accidents en 2024

À Lyon, 533 accidents corporels ont été recensés en 2024. Ils ont fait 631 victimes et 7 morts.

Le chiffre est nettement inférieur à celui de 2023, lorsque la ville avait enregistré 661 accidents.

La diminution atteint donc 19,4 % en un an.

La comparaison avec 2019 est encore plus spectaculaire. Cette année-là, 1 021 accidents corporels avaient été comptabilisés à Lyon. En cinq ans, leur nombre a pratiquement été divisé par deux.

En 2024, Lyon comptait environ 13 morts pour 1 000 accidents corporels, soit presque deux fois le niveau observé à Paris, même si ces ratios doivent être interprétés avec prudence compte tenu des faibles nombres concernés.

Toulouse et Bordeaux affichent des volumes beaucoup plus faibles

Les différences entre grandes villes françaises sont considérables.

Toulouse a enregistré 240 accidents corporels en 2024, occasionnant 310 victimes et 13 décès. En 2005, la ville en comptait encore 1 103.

La diminution atteint ainsi 78,2 % entre 2005 et 2024.

Bordeaux présente des chiffres comparables avec 228 accidents corporels, 279 victimes et 6 personnes tuées en 2024.

Là encore, la tendance sur le long terme est nettement orientée à la baisse : 643 accidents avaient été enregistrés à Bordeaux en 2005 et 712 en 2007.

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La ville n’est pas forcément l’endroit où l’on risque le plus sa vie

Ces chiffres mettent surtout en évidence une distinction fondamentale entre fréquence des accidents et gravité des accidents.

Une grande ville concentre mécaniquement énormément de déplacements, d’intersections et d’usagers différents. Les opportunités de collision y sont donc nombreuses.

Mais les vitesses pratiquées sont généralement moins élevées que sur une route départementale ou nationale.

Les données nationales de l’ONISR le montrent clairement. En 2024, 1 924 personnes sont mortes sur des routes situées hors agglomération, soit environ 60 % de l’ensemble des décès routiers de France métropolitaine.

Les zones urbaines ont comptabilisé 1 030 décès et les autoroutes 239.

Autrement dit, la majorité des décès routiers se produit hors des villes.

Peut-on vraiment établir un classement des villes les plus dangereuses ?

Comparer simplement le nombre d’accidents serait trompeur.

Paris compte beaucoup plus d’habitants, de touristes, de travailleurs et de déplacements quotidiens que la plupart des communes françaises. Il est donc logique que le nombre brut d’accidents y soit élevé.

Il faudrait idéalement rapporter les accidents au nombre d’habitants, mais même cet indicateur reste imparfait.

Une ville accueillant quotidiennement des dizaines de milliers de navetteurs peut enregistrer des accidents impliquant des personnes qui n’y habitent pas. Le nombre de kilomètres parcourus, les flux touristiques, les infrastructures routières et la répartition entre automobile, vélo, moto et transports collectifs ont également leur importance.

Il n’existe donc pas réellement une « ville la plus dangereuse » sur la seule base du nombre d’accidents.

Les chiffres de 2024 montrent plutôt deux réalités : les grandes villes concentrent beaucoup d’accidents corporels en raison de l’intensité des déplacements, tandis que les accidents les plus graves restent largement concentrés sur les routes situées hors agglomération.

Un constat qui rappelle qu’en matière de sécurité routière, le nombre d’accidents n’est jamais suffisant pour mesurer à lui seul le niveau de risque.

2 commentaires sur “Accidents de la route : les grandes villes sont-elles vraiment plus dangereuses ?”

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